DU TEMPS éGARé

Publié le par EmmaBovary

          Un petit texte écrit sur la base d'un début de roman assez connu. A vous de deviner quel auteur se cache sous ces mots et ces phrases remodelés à ma sauce! (et c'est relativement fastoche quand même!)


         Cela faisait des années que le tintamarre, les comédies et les rêves de l’enfance n’existaient plus pour moi, quand un jour d’automne, comme je passais un week-end dans la maison familiale, ma mère, me voyant prostré et glacé au coin de la cheminée, me proposa de prendre un peu de thé. Je n’en avais pas envie, déclinai sa proposition puis me ravisai lorsqu’elle prit son regard embué, façon oeil de cocker. Elle sortit du buffet un de ces paquets de gâteaux qu’elle avait l’habitude d’acheter par chariot au supermarché, des petits beurres, rectangles dorés, quatre oreilles en coin, dont je m’amusais à lire l’inscription : « Lu, Petit-Beurre, Nantes ».

Bientôt, d’un mouvement mécanique, écrasé par ma semaine de boulot et la perspective d’une autre, je bus une gorgée de thé avant de suçoter une oreille du biscuit blond. Et, à l’instant même où le biscuit fondait sur ma langue se mêlant au goût du darjeeling, je sursautais, attentif à ce qui se déroulait. Une sensation familière, savoureuse avait pris possession de moi, sans que je puisse en définir l’origine. Elle éveillait quelque chose qui m’éloignait soudain de la fadeur du quotidien. Je me sentais empli d’un sentiment qui me rendait vivant. J’étais moi, à ma place, en cet instant. Je n’étais plus monsieur tout le monde et n’importe qui. J’étais bien.

D’où avait pu jaillir une telle émotion ? Je devinais qu’elle était liée au thé et au gâteau, mais qu’elle était plus que cela, au-delà des sens. D’où venait-elle? Que signifiait-elle ? Je bois une seconde gorgée en croquant un coin de petit beurre mais ne trouve rien de plus. La suivante me déçoit autant. Il est temps d’arrêter : la vertu du thé, rendu amer par l’infusion trop longue, semble s’amoindrir. La vérité que je poursuis n’est pas dans le darjeeling écœurant mais en moi. Le thé a éveillé ma conscience sans que je sois en mesure de suivre cette trace. Mon esprit ne peut que renouveler cette sensation qui va en s’affaiblissant, que je voudrais retrouver encore et encore, même si ce n’est pas ici et maintenant.

Je pose ma tasse pour m’adonner à l’introspection paisible que réclame l’évènement. Il me faut trouver la vérité de cette impression. L’incertitude accapare cependant mon esprit, comme toutes les fois où je me sens dépassé. Je m’enfonce dans la pelote de ma mémoire, tire des fils et des ficelles, cherche dans ces contrées obscures où je ne suis rien. Faut-il seulement chercher? Me voici face à une chose qui m’échappe, que je frôle, palpe du bout des doigts, proche d’entrer dans la lumière.

 Et tout d’un coup le souvenir m’est apparu. Le goût, ce goût de petit beurre, me ramenait aux biscuits posés sur l’assiette des mercredis après-midi de mon enfance, quand je rejoignais ma grand-mère dans sa cuisine paysanne afin de chanter les refrains de sa propre enfance - Cadet Roussel, Auprès de ma blonde, Meunier tu dors…- et qu’elle m’autorisait à boire une goutte de son thé. La vue des petits « LU » ne m’avait rien rappelé avant que je n’en croque un coin; peut-être parce que, en ayant souvent aperçu depuis sans en manger, sur les linéaires des supermarchés, leur image avait quitté l’enfance pour se lier à des jours plus récents; peut-être parce que, de ces morceaux de vie abandonnés dans un coin de l’esprit, tout s’était fondu en un miel que j’appelais enfance; le goût du gâteau aux quatre oreilles s’était estompé, troublé, perdant la force qui eût éveillé ma conscience.

Pourtant, malgré les années, la disparition des êtres chers, la mort des choses, il nous reste, plus légères mais tenaces et persistantes, l’odeur et la saveur. Elles demeurent malgré nous, longtemps, attendant leur tour, espérant que des décombres de nos vies, sorte, jaillisse, se révèle l’édifice immense du souvenir.



 

Publié dans Mes mots

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Khassiopee 01/11/2008 15:34

C'est vrai que j'ai déjà lu un truc comme ça quelque part... mais moins bien, beaucoup moins bien !

gamey 27/10/2008 13:23

Chauffe Marcel!

BECASSINE 3 24/10/2008 20:17

ben j'hesite en la madeleine et casser la voix .... biz

Nad 23/10/2008 16:25

A la recherche du temps perdu de Proust ?
J'aime beaucoup.

PS. Je t'ai envoyé le réglement de P'rose.

Nadia