MACHINE HYSTéRIE

Publié le par EmmaBovary

 

 

Depuis quelques temps, j’ai remarqué que lorsque j’éteins le poste de radio, il continue à marcher. Si l’on appuie sur le bouton « off », tout est supposé s’éteindre, le son comme les voyants lumineux. La machine ne doit plus chanter, ni parler. Elle est censée ne plus grésiller, ne plus bouger… Ma radio n’est pas comme ça. Disons qu’elle a ses humeurs.

         Je possède déjà un frigo couineur qui a établi une forme de communication un mois après son achat. Je ne sais par quelle mystérieuse connexion il est parvenu à apprendre des mots de notre langue… Mais, j’ai la joie de l’entendre dire « Bonjour ! » à chaque fois que j’attrape du beurre ou « Au revoir ! » quand je range une brique de lait ou une botte de poireaux. Sa dernière lubie en date consiste à me souhaiter « Bon week-end ! » à l’ouverture du compartiment congélation. Ces fantaisies m’ont amusée… au début.

         Par la suite, j’ai eu droit aux sifflotements décontractés du fer au moment du repassage. Aux éternuements de l’aspirateur, allergique à la poussière. A la lampe de chevet qui se prenait pour un strombocope. A l’interphone qui s’était mis en tête de devenir mon secrétaire particulier… Impuissante, j’assiste à cette révolution des objets du quotidien. Branchés sur secteur ou fonctionnant à piles, ils se réveillent petit à petit. Je ne sais plus à qui, ni à quoi me fier. Je commence même à douter de mon ordinateur, ce fidèle confident sur lequel j’ai pris l’habitude de rédiger mon journal.

 

Car depuis que la radio a pris son indépendance, tout à changé. Un jour que j’étais occupée à préparer le repas, j’ai remarqué qu’elle trépidait. Le son est monté progressivement et Abba s’est mis à hurler « Dancing Queen » dans ma cuisine. Avec stupeur, j’ai contemplé le poste qui effectuait ses premiers pas. C’est déroutant une radio qui se met à trotter. On est surpris de lui découvrir ces espèces de pattes, façon crabe les pinces en moins, qui ont l’air de pousser sans raison. La machine s’est approchée de moi. Elle a semblé me dévisager – mais possède-t-elle seulement des yeux ? - avant de se remettre à guincher. L’après-midi est passé au rythme de ses déhanchements disco. Des heures durant, elle a occupé la table de la cuisine comme j’occupais autrefois les pistes des « Dance-Floor ».

Lorsque j’en ai eu assez d’entendre une énième ritournelle de Clo-Clo, j’ai appuyé sur le bouton « off » obligeant la machine à reprendre une position statique. Elle m’a obéi…

Pourtant, cette époque est révolue. Tandis que j’écris ces lignes, je devine la présence de la radio dans mon dos. Le bruit de ses pattes griffant la table de la cuisine me glace le sang. Elle ne devrait pas tarder à se brancher, seule, afin de m’asséner le même tube disco pour la cinquantième fois de la journée. Aujourd’hui, le choix de cette machine infernale s’est porté sur Sheila, période « Love me baby ». Une vraie torture ! Je n’en peux plus de ces refrains ridicules au goût de bonbon acidulé et bourré de colorants. Comment ai-je fait pour porter un jour des pantalons « pattes d’éph » à paillettes et des boots à talons compensés ? Hier, m’est venue l’idée absurde que j’étais en train de payer mon mauvais goût de l’époque.

 

Il règne une ambiance indescriptible dans la maison. Quelque chose entre le bourdonnement et la décharge électrique. Je me vois obligée de surveiller la radio tant elle est devenue fourbe. A deux reprises, elle a manqué de m’éborgner d’un coup d’antenne. Je sursaute au moindre grincement, à la moindre lueur suspecte.

Je ne dors presque plus. J’ai le sentiment d’être épiée par tous les appareils de l’appartement. Même les meubles paraissent de connivence. Un bruissement constant occupe le silence… D’ailleurs, j’ai le sentiment que le buffet breton de ma grand-mère a frémi de l’autre côté de la pièce… Ce n’est pas possible, la paranoïa va finir par me bouffer complètement le cerveau ! Un buffet breton ne frémit pas. Un buffet breton est un meuble comme les autres… Il lui arrive de craquer au pire, lorsque le bois a travaillé. Mais il reste suffisamment lourd pour conserver sa stabilité… Mais non, bon sang, il bouge ! Et, voilà qu’il se balance d’avant en arrière sur ses pieds carrés ! J’ai le sentiment qu’il me nargue… Bon sang, il va tomber ! … Il faut que je me sauve avant que… BOUM !

 

 

 

Publié dans Mes mots

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Laurence M ( Tonina ) 09/09/2008 22:52

J'ai fait un petit tour du côté de ton blog, et je ne regrette pas! J'espère au moins que ton lit te laisse dormir en paix ...!

sylvette Heurtel 07/09/2008 22:04

Bravo!
une question: est-ce que ta radio se frotte à tes jambe, ronronne et griffe les fauteuils?

Valérie A. 07/09/2008 19:41

Ah les buffets bretons des grands-mères ! On ne s'en méfie jamais assez ! ;o)
Je te fais une bise en coup de vent, ravie de voir que tu ne perds rien de ton coup de plume !

Mrs K 06/09/2008 18:42

Ici, ce n'est pas la radio qui vit sa vie mais.... le lave vaisselle : sincèrement je ne sais pas si je ne préfère pas la VO de Love me baby.

PS : tu as vraiment porte des trucs à paillettes et des patte d'eph?

danielle 06/09/2008 13:42

Super! je n'au pas eu le temps de lire les autres textes du jeu mais je trouve que tu as fait preuve d'un eimagination débordante.