IMPRESSIONS d’ECOSSE

Publié le par EmmaBovary

 

Je suis rentrée et je me suis assise. J’ai tourné le dos à la fenêtre, le regard perdu au-dedans… Et j’ai feuilleté mon album intérieur.

 

Quelque part, plus à l’ouest, plus au nord…

Le ciel descend en masse grise sur l'île. Il se dissipe en brouillard rosé à la surface de l'eau. Des voiles blancs s’accrochent aux rochers. Il y a des morceaux de moutons partout sur la lande et au flanc des montagnes, chiffons de laine éparpillés par le vent. Les lochs blottis au creux des collines conversent avec l’océan, en silence. Posées sur l’horizon, les montagnes tentent de déchirer le ciel pour y pêcher un rayon de soleil.

Je suis couchée dans un lit de fleurs, chèvrefeuille et prunellier, dans une chambre rose à l'épaisse moquette rouge. La vieille maison géorgienne battue par la tempête pourrait être hantée. Le vent se faufile dans les couloirs en sifflant. Un vent lourd et fort, chargé d’algues et d’océan. Hier, j’ai aperçu l’aileron d’une baleine qui fendait la surface de l’eau.

 

      Quatre heures du matin…

Le jour se lève. Il s’est couché à plus de vingt-trois heures. La nuit est courte. Les journées ici sont les plus longues que j’ai connues.

 

      Ailleurs, plus tard…

A la descente de voiture, l’air sent le froid et le nuage. Nous partons à pied sur une route qui ne mène nulle part, juste après la dernière ferme. Nous marchons et les nuages nous tombent dessus. Pas de pluie mais l’impression irréelle de flotter au-dessus des pâturages, des falaises et de l’océan. Les moutons s’affolent - piqués par le vent ou par notre présence ? - Il est impossible de les dépasser sans les effrayer. Nous sommes obligés de faire demi-tour. Nous n’irons pas nulle part aujourd’hui…

 

      Ailleurs encore, à une heure différente…

Je rapporte dans mon sac une bouée orange trouvée sur la plage et j’en laisse une, trop lourde, au bord du chemin. Il y a du vent et un oiseau blanc, snowy owl, caché dans les rochers.

 

      Ici, maintenant…

Même chez moi, je suis restée là-bas.

 

 


 

Publié dans Mes mots

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elvys 24/08/2008 12:47

j'ai voyagé avec toi... merci pour ces lambeaux de paysages et cet atmosphère en clair obscur

Gondolfo 01/08/2008 18:17

merci Emma pour ces nuages en forme de bouée :)

shunga 29/07/2008 22:10

Je dois être de là-bas...
L'hiver 2001, le réveillon. Le soleil se levait tôt... Il faisait nuit à 16 heures. Tempête de neige. Route éternelle qui semble ne mener nulle part. Les lochs sont fait de nuages et de ciel. Highland Park. Les fantomes. Le brouillard. L'eau.
Si tu savais comme tu as raison, Emma. Chaque jour qui passe, 7 ans plus tard, même chez moi, je suis resté là-bas...

Mrs K 16/07/2008 21:02

Mon dernier souvenir de moutons est "craintifs", pour les crocodiles ça va venir mais il faudra attendre le 15 août. Tu ne dis rien du Loch Ness ?

djin 16/07/2008 19:23

Donc c'était rêveusement le pied... ça me rappelle des sensations que j'ai connues mais jamais tenté d'exprimer. Tu le fais très bien. Seul divergence (ah la vérité des souvenirs sujets à caution...), les moutons étaient plus collants que craintifs.
Prends ton temps mais reviens-nous !