Mercredi 17 septembre 2008
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18:15
- Excusez-moi…
- …
- Mademoiselle ! Vous m’entendez ?
- Oh, désolée : j’étais perdue dans mes
pensées !
- Ce n’est rien. Je voulais juste vous demander une
cigarette.
- Parce qu’on a le droit de fumer ici ?
- A vrai dire, je ne sais pas… Mais vu la situation, j’imagine que
nous n’avons rien à perdre.
- Vous avez raison, tenez… Par contre, je n’ai que des
blondes.
- Ça ira. J’ai surtout besoin de m’occuper. C’est long, bon
sang…
…
- Je trouve étrange ce principe de nous enfermer à clé. Comme si
nous allions nous sauver ! Une fois ici, difficile d’aller voir ailleurs. Parce que sur le plan de l’autonomie, ce n’est pas encore ça !
- Vous verrez, on s’habitue. La situation est angoissante au
départ. Mais lorsqu’on sort, c’est qu’on est vraiment prêt. Enfin presque. Moi, j’ai dû revenir.
- Vous voulez dire que vous y êtes déjà
allé ?
- Oui. Ma sortie n’a pas duré longtemps. Je n’étais pas à ma
place : on m’a renvoyé ici illico. Elle a pris quelqu’un d’autre. Un type qui attendait avec moi. Genre jeune premier, très propre sur lui.
- Donc vous avez une idée de ce qui nous attend
là-bas…
- Plus ou moins. Il m’a semblé comprendre qu’il était question
d’amour, de famille et de trahison. Une trame très ordinaire quoi...
- Je vois. Toute cette histoire reste encore vague. Un peu comme
nous !
…
- J’aimerais me présenter mais je ne connais même pas mon
nom.
- Normal. Il est trop tôt. On vous donnera toutes les informations
à la sortie. En quelques lignes, votre identité prendra forme.
- Je voudrais m’appeler Victoire. Ou Pénélope… Et
vous ?
- Harry me plairait. Mais vous verrez, on va se retrouver dans un
truc de terroir et je vais me farcir un prénom genre André.
- C’est vrai que dans notre métier, on obtient rarement ce qu’on
veut.
…
- Bon, on dirait que ça va être long. A mon avis, votre paquet de
cigarettes va y passer.
- Pas de problème, j’ai découvert que j’avais une cartouche
entière dans mon sac.
- Ah tiens ? Moi, je viens de trouver des chewing-gums et un
cahier de mots-croisés dans ma poche. A mon avis, on va passer la nuit ici…
- Heureusement qu’elle n’a pas eu l’idée de nous donner faim ou
soif. On pourrait tenir un siège dans cette pièce… du moment que nous sommes deux. C’était quoi déjà le panneau à l’entrée ?
- « Antichambre de la création. Salle 1 ». Avant, il y a
eu : « Bureau de l’intuition » et « Salle des idées ». Ensuite, c’est le grand saut dans le vide !
- Ça m’angoisse, quand même. Donnez-moi donc un chewing-gum !
Avec tout ce qu’on a fumé, il y a un brouillard incroyable ici.
…
Nina éteint l’ordinateur, avant de relire les notes prises dans l’après-midi à la terrasse d’un café :
« Victoire aime André. Elle est promise à Michel, un garçon lisse, de bonne famille. Mais André l’aime et c’est un aventurier… Débuter l’histoire sur Michel. Enchaîner avec la rencontre
entre Victoire et André… Histoire de cigarettes ? On ne peut plus fumer dans les lieux publics ? Mes personnages ont quand même le droit de s’en allumer une ! ».
Elle tient une idée. Les premières phrases sont posées mais son esprit est trop embrumé pour
continuer. Il faut dormir, laisser reposer, reprendre la tâche au matin. Les personnages ont pris consistance dans un coin du cerveau. Elle les tient à présent. Il n’y a aucun risque qu’ils lui
échappent dans la nuit.
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