Présentation

Texte Libre

Soyez les bienvenus sur ce blog multi-fonctionnel, ze blog of EmmaBovary !

Vous trouverez ici tous les renseignements concernant la revue Pr'Ose! (une revue de la nouvelle et du texte court, parution semestrielle) qui fêtera au printemps 2010 ses cinq années d'existence.
(Pour en savoir plus, cliquez sur la catégorie "Revue Pr'Ose!" en haut de la colonne de gauche).

Vous trouverez également les dates, lieux et coordonnées des services d'écriture et ateliers PrOse Ecriture, basés sur la région d'Orléans.
(Pour en savoir plus, cliquez sur la catégorie "Atelier PrOse Ecriture" en haut de la colonne de gauche)

Vous pourrez aussi découvrir des textes, nouvelles, poèmes, billets d'humeur d'EmmaBovary, écrivaillonne fantasque, sujette aux coups de folies et à l'influence de la lune sur les marées d'océan...

Bonne balade par ici!

 

Commentaires Récents

Mardi 30 juin 2009

Un thème, "Panne sèche", lancé sur Facebook par Léa Antony et hop, une nouvelle de plus !
           Bonne lecture! 

 

Le type s’est penché au-dessus du moteur en sifflotant.

- Alors, alors, qu’est-ce qui se passe ?

            Je n’osais ni bouger, ni lui demander quoi que ce soit. Pour tout dire, j’avais plutôt honte de n’avoir rien remarqué. J’aurai dû flairer les signes avant-coureurs et même, voir les symptômes de fatigue de la machine : hoquets, couinements, ralentissements…. Mais je n’avais pas été capable de décoder les signaux de détresse qu’elle m’envoyait.

- Bon, déjà les joints n’ont pas claqué et, visiblement, pas de fuite dans le carbu ! Faut voir plus loin…

Est-ce qu’en langage de garagiste, « Faut voir plus loin » signifiait « Tout ça m’a l’air plus grave » ? Je décidai d’être prudente en me mêlant pas des investigations mécaniques de Monsieur Brain, « Réparateur de père en fils ».

- Vous l’avez fait quand votre dernier contrôle technique ?

Merde, le contrôle technique ! Encore un truc que j’avais négligé. Décidément, tout me sortait de la tête en ce moment ! Je me concentrai afin de trouver une excuse valable…

- Euh… L’an dernier ?

Mouais… Jouer les têtes de linotte, ce n’était pas terrible et surtout pas bien franc du collier.

- Je vois… Vous savez, je vous pose juste une question, je ne suis pas flic, moi ! Bref, apparemment, il y a quand même eu surchauffe. Vous n’avez pas remarqué de problème au démarrage ces derniers temps ?

- Peut-être… Si… Enfin, je crois…

- D’accoooord… Eh bé, on n’est pas rendu avec vous !

Monsieur Brain s’amusait visiblement beaucoup de mon embarras et de mon air hébété. Il me sourit puis, après avoir attrapé un tournevis, se pencha à nouveau sur la bête. Cling, clong, clang ! Malgré la douceur – relative - avec laquelle le garagiste inspectait la mécanique, les sons métalliques résonnaient à l’intérieur de mon crâne embrumé par la migraine.

- Bon, je crois qu’il va falloir que je regarde tout ça de plus près. Je vais être obligé de la garder au garage au moins jusqu’à demain soir, peut-être plus !

- Ah…

J’étais dépité. Comment allais-je m’en sortir ? J’avais besoin d’elle pour le boulot. Avant que je n’ai eu le temps de franchement m’interroger, Monsieur Brain m’apportait une solution, clé en main.

- Mais, je peux vous en prêter une, le temps de réparer !

Il affichait un grand sourire qui, je l’imaginais, se voulait rassurant. Mais je n’en étais pas certaine. En fait, je commençais à sévèrement fatiguer.

- Allez, on fait comme ça ! J’vais vous chercher la boîte.

 

Je vis Monsieur Brain disparaître au fond du local. Tout était calme dans ce petit garage de campagne parfumé de cambouis et de lilas. Ou peut-être était-ce du tilleul ? Je ne parvenais plus à me rappeler la différence entre ces deux odeurs. D’ailleurs, il m’était même difficile de me souvenir ce que j’avais mangé au petit-déjeuner. Monsieur Brain avait raison : à un moment ou à un autre, il y avait dû y avoir surchauffe…

Je reprenais mes esprits lorsque le garagiste déposa une grande boîte en polystyrène face à moi. Sur le couvercle était inscrit : « Cette cervelle vous est prêtée par votre garagiste, Monsieur Brain, réparateur de père en fils ».

 

- Voilà, ce que j’ai en stock. J’avais bien un modèle copié d’un monsieur qu’était bibliothécaire mais je l’ai prêté, pas plus tard qu’hier, à ma belle-sœur qui travaille aux impôts. Bon, celle que je vous amène, c’est pas de la cervelle de moineau non plus. Le prototype de c’te cerveau là, il a bossé trente ans dans la comptabilité, alors l’écriture, ça l’connaît…

- Ah, bien… Je… C’est vrai qu’on peut voir les choses sous cet angle. Mais êtes-vous sûr que les réparations vont prendre autant de temps ? Parce que je dois rendre un manuscrit à mon éditeur la semaine prochaine et comme j’ai un peu de retard….

- Ecoutez, vous faites comme vous voulez, mais des cas de surchauffe comme la vôtre à cette période de l’année, j’en vois des tas. Le mois de juin, juste avant les vacances, c’est toujours une période critique. Pareil à Noël : les fêtes de famille, tout ça… Bref, pour l’instant, j’suis pas débordé, mais ça ne va pas tarder. Donc, il vaudrait mieux que je m’occupe de votre cas de suite. Et le boulot sera meilleur si vous me laissez la machine.

Il fallait se rendre à l’évidence : pour éviter la panne sèche, j’allais devoir confier mon cerveau aux bons soins de Monsieur Brain et utiliser celui du comptable pendant quelques temps. Mon roman risquait d’en pâtir mais pour persister dans l’écriture, il faut parfois savoir faire des sacrifices.

D’ailleurs, il n’était pas impossible que l’imaginaire d’un comptable parvienne à finir correctement le boulot, en trouvant une fin crédible à un polar dont le personnage principal était surnommé « Le tueur à l’agrafeuse ».

 

Par EmmaBovary - Publié dans : Mes mots
Ecrire un commentaire - Voir les 3 commentaires - Recommander
Lundi 8 juin 2009

 

 

Le p’tit est arrivé ici en traînant son baluchon avec une moue de chaton qui a perdu sa maman et une tête de coupable, les yeux prêts à déborder. Tout le monde a craqué. Jack lui a servi une part de tarte et un coca, il a appelé les flics et Ed a débarqué.

Ed est plutôt beau gosse avec son physique à la Rock Hudson, imposant et doux à la fois. Le gamin s’est senti rassuré et les filles du snack ont rajusté leur mise en pli en se mordant l’intérieur des joues. Moi, j’ai gardé mon air habituel, un peu blasé. Ed m’a salué. J’ai senti les regards qui me foudroyaient dans le dos. Il s’est assis près de p’tit qui a fondu en larmes, avant d’expliquer qu’il était parti pour faire un voyage mais qu’il s’était perdu. Il a dit : « J’ai pas trouvé la rue qui va au bout du monde… ». Derrière le bar, Frank contemplait la scène avec un regard mélancolique que je ne lui avais jamais vu.

Le gosse gigotait sur son tabouret. La morve lui coulait du nez en se mêlant au sucre de la tarte dont il s’était barbouillé. Ed l’a mouché puis lui a paternellement ébouriffé le crâne. Il a promis de le ramener chez ses parents, dans la Ford noire et blanche, sans la sirène mais tous gyrophares allumés. J’ai entendu les midinettes soupirer devant tant de gentillesse assumée chez un type aussi musclé.

Bien sûr que Ed va ramener le p’tit. Bien sûr que cette histoire va bien se terminer. On va jaser là-dessus pendant une semaine, puis une autre anecdote prendra la place. Faut bien casser la routine… Il ne se passe pas grand chose par ici. Le « Daisy’s diner, spécialité de milk-shakes », est l’endroit le plus animé du patelin.

Je viens boire un café ici chaque jour. Il m’arrive même de m’y arrêter plusieurs fois, suivant l’humeur ou l’allure de mon brushing. Je choisis toujours un box près de l’entrée. Frank marmonne un vague « Salut ! » puis s’amène avec tasse et cafetière. Moi, je prends des mines d’ingénue à la Jean Harlow, à tel point qu’il m’arrive de boire mon café froid. Et, quand je veux jouer la grande dame, je me donne l’air inspiré d’Audrey Hepburn dans « Sabrina », prude et légèrement hautain.

Mais Frank me remarque à peine. Il sert tout le monde avec la même gentillesse que sa mère, la fameuse Daisy qui a donné son nom au snack. Le reste du temps, il se plante au bout du bar, une cigarette au coin de la bouche, pour contempler la rue ou lire un truc. En ce moment, il ne sort plus le nez de ce bouquin, « Sur la route ». Il dit que le type, Kerouac, aura du succès un jour parce qu’il est comme lui - pas à sa place - et qu’un truc pareil, ça parle aux gens.

C’est vrai que ça me fait quelque chose quand il dit ça, Frank. Moi aussi, je ne suis pas à ma place. Je devrais être loin, ailleurs, sur un plateau de cinéma ou dans une villa somptueuse. Je me vois bien donner la réplique à Cary Grant. Mais juste en copains. Parce que Frank m’aurait suivie à Hollywood. Un Frank dingue de moi qui écrirait des romans et des poèmes. Et notre couple aurait un succès fou dans les magazines : on nous envierait partout dans le pays, jusqu’au Daisy’s Diner.
Finalement, mon drame, c’est qu’il ne m’arrive jamais rien. J’ai beau blondir mes cheveux, porter des jupes qui affinent ma taille, colorer mes lèvres de rouge, je reste transparente. Ça fait vingt ans que je vends des blouses au bazar en attendant que Frank me remarque.

Et il suffit qu’un sale gosse pleurnichard entre en scène pour me voler la vedette.

Par EmmaBovary - Publié dans : Mes mots
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Mercredi 3 juin 2009

PrOse

 

Atelier d’écriture avec « PrOse Ecriture »

Jeudi 11 juin

De 20h15 à 22h15

Salle Nelson Paillou

Espace culturel Léo Lagrange

(à Saint Pryvé Saint Mesmin)

 

PrOse Ecriture proposera le jeudi 11 juin un atelier découverte autour de l’écriture, ouvert aux adultes et adolescents. Création, jeux autour des mots et convivialité seront au programme. La séance sera animée par Frédérique Trigodet, responsable de la revue Pr’Ose ! et auteur de nouvelles.

Le principe d’un atelier : les participants rédigent un texte à partir de jeux d’écriture ou sur un thème. Puis, chacun lit son texte à voix haute, afin de découvrir et partager les mots. L’animatrice intervient en apportant un regard sur les textes lus.

 

Inscription par mail (prose@laposte.net) ou par téléphone au 06.16.25.89.70 (jusqu’à 20h), auprès de Frédérique Trigodet.

(Séance découverte : 12 euros. Atelier limité à 12 participants – Possibilité de s’inscrire le jour de l’atelier, s’il reste des places).

Par EmmaBovary - Publié dans : Ateliers PrOse écriture
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Mercredi 20 mai 2009

Un festival à découvrir et à suivre:





Les recueils de haïkus "Le bleu du martin-pêcheur" et "La rumeur du coffre à jouets", ainsi que tous les ouvrages des éditions l'Iroli seront à découvrir et... à acheter!

Par EmmaBovary - Publié dans : Humeur
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires - Recommander
Lundi 11 mai 2009



Cher tous,


C'est vrai, j'ai été longtemps absente (presqu'un mois!). Des problèmes de temps et... de temps.

Bref. Ici, il ne fait pas très beau. La loire est lumineuse en ces jours de printemps. Pourtant, il pleut, souvent.

L'écriture était au point mort. Panne sèche... Crise aiguë de pageblanchïte... Je me soigne à grand renfort de rillettes, de fromage, de riz au lait et de vin blanc (un peu; chui pas une arsouille quand même!).


En espérant que vous allez bien, je vous laisse une adresse où me trouver:
http://retourdeletreaime.over-blog.com/


Portez-vous bien. A bientôt!

EmmaBovary.

 

 

Par EmmaBovary - Publié dans : Humeur
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires - Recommander
Lundi 13 avril 2009

 

 



Marcher rue du port

L’odeur de la rivière

Hortensias séchés

 

Au-dessus de moi

refrain de l’alouette

Printemps en émoi

 

Matin chagriné

Ecrire à l’encre bleue

Papier océan

 

 

Par EmmaBovary - Publié dans : Mes mots
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Samedi 28 mars 2009

 Pr'Ose! 


Le numéro 13 est sorti !


 

Avec des textes de :

- Dominique Guérin

- Alain Emery

- Christophe Esnault

- Ghislaine Maïmoun

- Agnès Laroche

- Véronique Pingault

- Karine Macarez

- Claude Romashov

 

Un numéro "noir" pour faire écho au Festival Mauves en noir qui aura lieu les 25 et 26 avril à Mauves sur Loire dans le 44!

– —

 

 

La revue « Pr’Ose ! » invite au vagabondage littéraire. De textes courts en nouvelles et de nouvelles en poésie, ses auteurs vous proposent de (re)découvrir le monde, de visiter des univers intimes et des pays ignorés. N’hésitez pas à passer la porte de la couverture afin de partager quelques pages avec eux : vous serez conquis. Avec les mots comme bagages, « Pr’Ose ! » invite le lecteur au voyage, dans et au-delà du quotidien.

Frédérique Trigodet (directrice de publication)

 

Pour acheter la revue:
http://emmabovary33.over-blog.com/article-23309148.html

P’O !

Une revue de la nouvelle et du texte court

 

Par EmmaBovary - Publié dans : Revue Pr'Ose!
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Recommander
Mercredi 18 mars 2009

        D’ordinaire, je ne réponds jamais aux « tags » qui me sont envoyés. Mais là, Mrs K. et Lao Tseu me l’ont gentiment demandé. Alors, je n’ai pas pu résister…

 



        « S’il vous restait 500 secondes à vivre et que vous aviez 500 euros »… Cette phrase à un petit parfum de madeleine parfumée à l’adolescence : elle me fait penser à ces questions un peu bêtasses qu’on se pose entre copains, en colonie, le soir et dans l’obscurité. Ou dans la cour du lycée, l’hiver, quand il n’y a rien d’autre à faire. Ou encore à un sujet de prof de philo qui veut se la jouer cool avec ses élèves. Mais bon, la question étant posée, je peux toujours essayer d’en tirer quelque chose, histoire de faire la nique au syndrome de la page blanche...

        En fait, si cette situation absurde m’arrivait, je crois bien que la chose ne m'alarmerait pas plus que ça. Croyez-moi.

 

        D’abord il me semble que l’argent ne permet pas, finalement, « d’acheter » l’essentiel. Alors, pourquoi m’en inquiéter ? Je pense que je laisserais ce joli papillon mauve s’envoler au gré du vent sans m’interroger sur son sort. Et si ces 500 euros se trouvaient être en pièces d’un centime, je les laisserai glisser entre mes doigts comme du sable.

        Ensuite, j’attendrai l’heure fatidique en contemplant la cime des arbres, le ciel, le vol des oiseaux. De toute façon, il serait déjà trop tard pour prévenir quelqu’un et lui dire que je l’aime. Il faut s’habituer à cette idée : on est toujours seul face à la mort.

Bien sûr, je ressentirais un pincement, une crainte justifiée et presque douce. Mais, je ne serais pas plus effrayée que ça. Il faut dire que je suis morte tellement de fois…

        Sous la plume de Gustave d’abord. Ce fumier d’auteur n’a ressenti aucun scrupule à se débarrasser de moi. Il m’a même infligé d’atroces souffrances. La première fois, j’ai eu mal, j’en conviens… Mais par la suite, j’ai aimé jouer la comédie de l’arsenic, pour le plaisir de ceux qui contemplaient mon agonie.

        Car, je suis morte sous les yeux de milliers de lecteurs, sans doute des millions, et le plus souvent ravis du sort qui m’était réservé. Puis, à chaque fois qu’ils refermaient le livre pour le ranger dans un rayon de bibliothèque. Je suis morte aussi toutes ces fois-là… Jusqu’à ce qu’une main bienveillante vienne me réveiller, me giflant de quelques coups de pages, comme on le ferait pour une femme corsetée, atteinte de vapeurs. Car chaque nouveau lecteur m’insuffle un souffle de vie, me réveillant au seuil d’une nouvelle vie. Toujours la même, finalement.

 

        A la rigueur, s’il me restait 500 secondes à vivre, je les donnerais bien à quelqu’un. Pour aller plus vite. Parce qu’à la longue, c’est épuisant de mourir…
Par EmmaBovary - Publié dans : Mes mots
Ecrire un commentaire - Voir les 10 commentaires - Recommander
Dimanche 15 mars 2009

Jean-Claude Touray fera partie des auteurs du numéro 14 à paraître en septembre 2009.
En attendant de découvrir ses textes, voici en avant-première son "pastiche" écrit à l'occasion du Prix du pastiche du magazine littéraire. Ce texte est arrivé jusqu'à la sélection finale mais a loupé les marches du podium ... de peu, certainement!
Qui est l'auteur pastiché? A vous de le découvrir...





Pharmacopée pour la soif.

 

La demie sonna au clocher du beffroi, quand j’entendis tintinnabuler mon téléphone portable.

− Ta première affaire est pour cet après-midi. Tu as dix minutes pour te préparer.

Stupeur et tremblotements. C’était Marc, un kapo-chef belge, de l’agence qui m’employait à partir d’aujourd’hui comme « personnage » pour figurations intelligentes. Dans des cérémonies, fêtes et anniversaires, repas d’affaires. Partout où le besoin se faisait sentir d’une blonde cultivée. J’avais été choisie pour mon goût et mes talents à mettre et animer la défroque d’un absent.

− Y aura-t-il du champagne ?

− Bien sûr, à volonté !

− Je saute sur mon quad électrique et j’arrive.
− Il s’agit de remplacer une Biélorusse dans un mariage blanc.

− Oh moi, dès l’instant où c’est « brut à gogo »…

 

Je souffre de la maladie des assoiffés, ou plutôt d’une de ses variantes. Je ne suis pas de ces anorexiques de trente-cinq kilos qui sombrent dans la potomanie et avalent cinq litres de bouillon de poireau chaque jour. J’ai besoin de moins de liquide mais j’exige des boissons gazeuses. Non ou peu sucrées car le sucre gâte les dents. Aux sodas et aux colas trop riches en saccharose et bourrés de colorants et de conservateurs aux noms de code barbares, je préfère l’admirable eau gazeuse et le divin champagne. J’aime le pétillement de la Veuve Clicquot. On n’en boit jamais trop. On ne se réveille pas, même après un excès, avec une gueule de bois carabinée, sans plus rien connaître qu’un lancinant mal de crâne. On ignore l’indicible difficulté de vivre, celle des lendemains de biture au pastis.

Un magnum de champagne dans un seau à glace, voilà ma pharmacopée pour lutter contre la soif.

 

Dans mon métier d’intermittente, je puis tenir la place de n’importe qui, femme ou homme, mais j’ai une dilection particulière pour les rôles de fillette ou de vieil adolescent : le matin petite-fille modèle d’un vieux couple de septuagénaires sans enfants, puis, au pied levé, à quinze heures, neveu d’Amérique, venu aux obsèques de l’oncle dont il est l’héritier.

 

Ce métier me ravit, dont les exigences conviennent pleinement à mon tempérament. Je suis l’article d’appel de l’agence, comme escorte pour monsieur sans son épouse dans les repas d’affaires au champagne. Dès la première coupe, je sens monter le désir. J’atteindrais les grands débordements sans ma pratique du bouddhisme zen. Mais les soirs de brut millésimé, au dessert, je dois aller me finir dans les toilettes. J’ai toujours sur moi, à cet effet, une demi-bouteille de Mumm, le format idéal à s’enfiler pour se mordre la langue en étouffant des cris d’extase. Aussitôt après, poussée par un désir de purification, je vomis dans la cuvette blanche et immaculée des chiottes.

 

Je raconte à Marc, au téléphone, ce trait de comportement dont il s’étonne.

— L’excès de bonheur a un prix, dis-je.

— Celui que les Romains payaient, en se chatouillant la glotte après boire, à l’aide d’une plume d’oie ?

— Sauf qu’après passage au vomitoire, ils reprenaient beuveries et festins, tandis que moi, je jeûne, comme maintenant.

— J’espère que ça ne t’empêchera pas d’effectuer le remplacement qui t’est proposé. Sans champagne, et il y aura du sang et des larmes, mais c’est très bien payé.

 

J’accepte, avec le sentiment exquis de m’abandonner toute entière. Marc peut me demander ce qu’il veut, j’accepte toujours, car il est beau. Toute beauté vous étreint, mais plus encore celle du Belge. D’abord par l’aspect coruscant de son nez de buveur de bière, ensuite par la vigueur de sa bouche d’amateur de moules et de téteur de cigares.

 

Je dois jouer un rôle très dangereux : celui de l’épouse rancunière d’un parrain de la Mafia, qui s’est enfuie du domicile conjugal où elle était battue pour aller révéler à la justice que dans les tombes de la famille, à Corleone, les cercueils servent au stockage de drogue. Un tueur sera lancé à mes trousses. Je prie pour qu’il me laisse finir ma dernière coupe de Piper-Heidsieck, avant de me tirer comme une biche aux abois.





Par EmmaBovary - Publié dans : Les mots des autres
Ecrire un commentaire - Voir les 4 commentaires - Recommander
Dimanche 8 mars 2009

Le numéro 13 sera a peu près fini dans le courant de la semaine à venir.
Vous pourrez donc découvrir très prochanement les textes de:

- Dominique Guérin
- Alain Emery
- Christophe Esnault
- Ghislaine Maïmoun
- Agnès Laroche
- Véronique Pingault
- Karine Macarez
- Claude Romashov

P’O !

Ce numéro sera "noir" pour faire écho au Festival Mauves en noir qui aura lieu les 25 et 26 avril dans le 44!



L'appel à textes pour le numéro 14 reste ouvert. Pour le moment, les auteurs retenus pour la 14ème livraison sont:
- Guylaine de Fenoyl
- Jean-Claude Touray
- Luc-Michel Fouassier
- Danielle Akakpo



Par EmmaBovary - Publié dans : Revue Pr'Ose!
Ecrire un commentaire - Voir les 4 commentaires - Recommander

CATEGORIES des billets

Calendrier

Novembre 2009
L M M J V S D
            1
2 3 4 5 6 7 8
9 10 11 12 13 14 15
16 17 18 19 20 21 22
23 24 25 26 27 28 29
30            
<< < > >>
 
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés